Il était une PMA

25 mars 2016 autour de 8h00, le téléphone sonne.
La veille, nous avions fait une dégustation de vins pour les accorder avec des mets pour un évènement culinaire que nous préparions avec mon Chef.
J’avais bu, trop bu, mais que c’était bon !
Depuis le 22 mars, on m’appelait tous les matins pour me donner des nouvelles des deux embryons qui avaient été conçus suite à la FIV.
J’attendais. J’espérais. Mais j’avais décidé de VIVRE cette fois-ci.
Je rêvais qu’on me dise qu’au moins un embryon pourrait être transféré, que je pourrais franchir cette étape de l’accueillir en moi et de l’avoir en moi l’espace de quelques jours, semaines, mois. Je ne projetais rien, quoi qu’il arrive, ce serait toujours une étape de plus.
Cela pouvait être à J3, J4 ou J5.
Nous étions à J3.
Le téléphone sonne, donc, j’ai la tête dans le brouillard, je réponds, le coeur bondissant dans ma poitrine :
« Bonjour Madame, on a un embryon qui est prêt à être transféré, l’autre n’a pas tenu, on vous attend. »

Je saute du lit, j’ai la gueule de bois, je me sens coupable l’espace d’une seconde d’avoir bu la veille et puis rapidement je me dis que ce qui compte c’est l’amour. Ce qui compte c’est la foi. Ce qui compte c’est de vivre. J’ai vécu hier, j’ai pris du plaisir, j’ai oublié tout ça quelques instants. La vie aura bien envie de venir s’installer dans ce corps vivant, fertile, qui vit, qui ne s’empêche plus rien, qui a compris qu’il n’y avait rien plus à faire désormais. J’avais le sentiment d’avoir tout exploré… je devais maintenant réapprendre à VIVRE et concrètement accepter que je ne pouvais rien contrôler à part ma manière de traverser.
Je vis et la vie a besoin que je vive. Elle a besoin de se sentir désirée par un corps vivant, vibrant, joyeux.

Nous partons au centre PMA avec mon amoureux, la gynécologue nous attend, elle nous explique le protocole et nous montre à l’écran le chemin que prend l’embryon, elle le dépose dans un geste délicat, je l’accueille et nous pleurons de joie. Moment suspendu. Gravé.

6 ans plus tard ce matin, ma fille a couru dans notre chambre en nous criant « Joyeux Carnaval ! » Elle est partie déguisée à l’école, heureuse, joyeuse, si vivante, dégoulinante de vie.
Tout ce parcours fait partie de moi, d’elle, de nous, de l’histoire de notre famille au sens plus large et je l’aime profondément cette histoire.
Il m’a fallu du temps et beaucoup d’amour pour ne plus en souffrir, pour ne plus avoir honte, pour ne plus me sentir impuissante.
Il y a tant de chemins pour accueillr la vie. Pour devenir parent. Tant de manière de les honorer, de les alchimiser, de les accueillir ces histoires. Elles sont toutes si belles. Toutes si précieuses. Etre fécond.e, ce n’est pas qu’une histoire d’enfantement. C’est tellement plus que ça.
Je sais que de l’espace où j’écris cela peut paraître facile à dire.
Il m’a fallu des années pour en arriver là.
Aujourd’hui, je suis doula et j’ai à coeur de faire partie du village qui vous permettra, un pas à la fois, de revenir à la vie. A vous. Remettre les verbes VIVRE et RÊVER au coeur de votre vie. Dessiner tous les possibles. Ensemble.

J’ai un projet d’accompagnement collectif qui est là, au creux de moi, auquel je suis en train de donner naissance, à mon rythme. Il prend son temps. Il est précieux. J’y suis fort reliée aujourd’hui en particulier.

Amour vers vous et sur toutes vos graines.